Les petites îles, lieux d’évasion et lieux de vie… durables !

Avec notre association expé2M, nous avons un lien particulier aux îles. En effet ces endroits si particuliers s'apparentent souvent à la vie en bateau, par le rapport fort à la mer, aux éléments mais aussi ce rapport ambivalent d'enfermement et de liberté propre à l'espace du bateau et de l'île. Lors d'une expédition scientifique précédente, nous étions partenaire de l'initiative PIM, (pour la protection des Petites Iles de Méditerranée) du Conservatoire du littoral. Pas étonnant que, pour notre expérience d’éco-navigation, ce soit à Zlarin que les vents nous aient portés.

Zlarin, petite île de 150 âmes au large de Sibenik, est paisible, charmante, et hors des sentiers touristiques, même si son nom était naguère réputé pour sa tradition d’extraction et de transformation du corail rouge.

Lors de notre escale, nous avons assisté à la signature de la  Déclaration « îles durables » entre le Conseil local, l’Office du tourisme, l’association KUD Koralj (corail), l’association des pompiers volontaires (DVD Zlarin) de l’île de Zlarin.

Sylvain Petit, franco-croate, chargé de programme au CAR/PAP (Programme des nations unies) et expert associé du Conservatoire du littoral dans le cadre de l’Initiative iles durables, nous explique l’enjeu de cette coopération : "l’idée de cette Initiative est de créer un réseau des petites iles tourné vers la solidarité, pour le partage d’expérience et l’échange de bonnes pratiques. Nous souhaitons pouvoir valoriser les efforts pour un développement durable des communautés locales et de les faire rayonner sur d’autres îles et d’autres continents. A ce jour nous sommes dans la phase de définition des critères du futur Label « îles durables ». 8 iles pilotes dont Zlarin, sont des territoires où des “facilitateurs” cherchent à valider les critères sur le terrain. C’est mon rôle ici à Zlarin. Depuis ma découverte de l’île je dois avouer qu’il ne m’est pas facile de rester objectif…en effet, l’accueil, l’intérêt et aujourd’hui le soutien des habitants et acteurs de la vie de l’île ont fait naître très vite un sentiment d’attachement. Mais quelque part, c’est vraiment une bonne chose, car l’idée de ce réseau repose sur des personnes, c’est avant tout un réseau d’acteurs engagés que l’on souhaite bâtir".

Nous avons ainsi rencontré des habitants engagés pour la résilience de leur île, des jeunes qui souhaitent y construire une vie qu’ils n’imaginent pas meilleure ailleurs. 

Comme d’autres acteurs locaux rencontrés au fil de notre expédition,  ils souhaitent développer un tourisme "qui dure" dans le temps et n’altère pas leur île. Pour cela ils souhaitent réhabiliter les bâtiments anciens, développer un tourisme "calme" en allongeant la durée de la saison avec des activités tournées vers la nature : remise en service de sentiers côtiers, participations à la cueillette d'olives, stages sur les plantes aromatiques, ou permaculture…

En complément du développement d’un tourisme éco-responsable et intégré dans la culture insulaire, les îliens souhaitent favoriser l'installation d'habitants à l'année (et assurer le maintien de l’école), restaurer les activités agricoles et d'élevage, qui ne couvrent plus que 10% de l'île aujourd'hui, et améliorer la desserte en bateau avec les continent et les îles alentour.

Nous y avons aussi rencontré Luka, propriétaire d’une Gajeta, bateau traditionnel en bois à voile latine, et pêcheur à ses heures. C’est l’un des néo-ruraux que nous avons croisés par hasard. Il est venu à Zlarin pour retrouver un rythme plus proche de la nature. Il confirme : "Ici,  je gagne mon repas en pêchant pendant 2 heures avec mon voilier, je suis au contact de la nature, et le fait de pêcher et achever toi-même ton poisson te donne assez de culpabilité pour ne pas gaspiller. J'ai du temps, j'ai beaucoup moins de besoins, donc moins d'obligations à gagner de l'argent. Les relations sont bien plus vraies ici, il n'y a pas le pompier, il y a Bruno, il n'y a pas l'infirmière il y a Héléne, la vie sociale est bien plus forte et authentique". Pour Luka l'avenir de l'île se situe dans un retour à l'économie locale liée à l'agriculture, avec la production d'huile d'olive – il est d’ailleurs le premier employé de la toute nouvelle presse à huile collective de l’île – ou de fromage par l'élevage de chèvres, mais aussi l'informatique ou le télétravail. Même s’il en comprend la nécessité pour certains, il n’aime pas trop le tourisme ! Le message est passé, c'est promis on se fera tout petit ! ☺